Les problèmes de mobilité relèvent souvent de l’incapacité physique. Avant de répondre à cette question, je vais donc définir l’incapacité et explorer son lien avec l’exclusion liée au logement.
Un handicap est une condition physique ou mentale qui affecte la capacité physique, la compréhension, l’apprentissage ou le fonctionnement quotidien. Une enquête canadienne sur l’incapacité définit l’incapacité en dix catégories : la vue, l’ouïe, la mobilité, la flexibilité, la dextérité, la douleur, l’apprentissage, le développement, le mental/psychologique et la mémoire. Selon l’enquête, les incapacités physiques sont les plus répandues – liées à la douleur (7,9 %), à la souplesse (7,6 %) et à la mobilité (7,2 %) – mais les gens peuvent avoir plus d’un type d’incapacité. Cette enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2011 a défini une personne ayant une mobilité réduite comme suit :
…une personne qui a de la difficulté avec au moins un des éléments suivants :
- marcher un demi-kilomètre
- monter et descendre un d’escalier (environ 12 marches) sans se reposer
- se déplacer d’une pièce à l’autre
- porter un objet de 5 kg sur 10 m
- rester debout pendant de longues périodes.
Et un handicap d’agilité comme :
…une personne qui a des difficultés pour au moins une des activités suivantes :
- se pencher
- s’habiller ou se déshabiller
- se mettre au lit et en sortir
- se couper les ongles des orteils
- utiliser ses doigts pour saisir/manipuler des objets
- atteindre dans n’importe quelle direction (par exemple, au-dessus de sa tête)
- couper sa nourriture.
Parmi les participants interrogés dans cette catégorie, 72 % ont déclaré avoir à la fois un handicap de mobilité et d’agilité ; et 31 000 ont déclaré vivre sans les aménagements spéciaux du logement (tels que barres d’appui, rampes, ascenseurs) dont ils ont besoin.
Si tout le monde peut devenir sans-abri, les personnes handicapées sont particulièrement vulnérables. Un rapport de 2013 a révélé que les personnes handicapées au Canada sont deux fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté. Comme je l’ai écrit dans un précédent billet de Ask the Hub, cela est dû à une combinaison d’obstacles à l’emploi, de difficultés d’accès aux prestations sociales et d’un manque général de logements abordables, de soutien et de logements accessibles.
Pour ce qui est de savoir combien de personnes handicapées sont également sans abri, il n’existe pas de chiffre concret. Selon l’Enquête canadienne sur le handicap de 2012, 13,7 % des personnes interrogées ont déclaré être limitées dans leurs activités quotidiennes en raison d’un handicap. Parallèlement, le Center for Justice and Social Compassion estime que 45 % de toutes les personnes sans abri aux États-Unis ont un handicap ou ont reçu un diagnostic de maladie mentale – un chiffre nettement plus élevé qui suggère que les personnes handicapées sont surreprésentées dans la population sans abri. En outre, les personnes sans domicile ont une prévalence élevée de problèmes de santé chroniques qui peuvent nécessiter des aménagements du logement et des aides supplémentaires.
Besoins en matière de logement
Il n’existe pas de liste précise des besoins en matière de logement, car ces besoins varient considérablement en fonction de la gravité et du type de problèmes de mobilité, ainsi que des souhaits de la personne concernée. Certaines personnes souhaitent vivre de la manière la plus indépendante possible, tandis que d’autres veulent vivre avec des soins 24 heures sur 24 prodigués par des amis, des membres de la famille ou des accompagnateurs. Cependant, la littérature existante nous fournit quelques éléments importants à prendre en compte.
Les besoins en matière d’environnement physique peuvent inclure l’accessibilité aux fauteuils roulants, mais d’autres modifications sont de plus en plus souvent nécessaires. Un rapport sur les services dans le comté de Bruce, en Ontario, a mis en évidence une demande continue d’unités modifiées :
Les tendances de la liste d’attente pour les logements sociaux montrent que, bien qu’il y ait un besoin pour quelques unités accessibles aux fauteuils roulants avec des caractéristiques telles que des espaces de rotation dans les pièces, des comptoirs inférieurs avec un espace pour les genoux en dessous, il y a un plus grand besoin pour des unités modifiées qui répondent à des handicaps physiques moins intensifs (c’est-à-dire des unités au rez-de-chaussée ou des unités dans des bâtiments avec un ascenseur). De plus, il y a un besoin d’unités modifiées qui peuvent accommoder les familles puisque la plupart des unités familiales sont des maisons en rangée à plusieurs étages. Un système de suivi mieux coordonné pourrait aider à faire correspondre le besoin d’unités modifiées/accessibles en fauteuil roulant avec les logements vacants actuels.
Le même rapport note que dans les zones rurales, l’emplacement des unités modifiées est un facteur énorme. Les listes d’attente pour les emplacements préférés peuvent être longues, et le manque de transports publics efficaces pour les personnes handicapées rend difficile l’accès aux services.
Les services de soutien sont souvent cruciaux pour de nombreuses personnes ayant des problèmes de mobilité, qui ont souvent besoin d’aide pour faire leurs courses, effectuer les tâches ménagères et autres. Il y a aussi les besoins émotionnels : comme l’a révélé une étude française sur les adultes non institutionnalisés, les problèmes de mobilité sont associés à des taux plus élevés de peur, d’anxiété et de confusion, ce qui contribue à réduire les taux de bien-être émotionnel.
Les auteurs du rapport proposent de regrouper les logements abordables et les services de soutien – en les rapprochant – dans les zones les plus peuplées afin de rendre les services plus efficaces en termes de temps et de coûts, et plus faciles d’accès.
Un autre facteur important consiste à modifier la communication et les services afin qu’ils soient plus facilement compris et accessibles. Une fiche d’information de la ville de Waterloo, en Ontario, recommande d’apporter quelques changements à la façon dont les gens travaillent avec les usagers handicapés :
… des techniques de communication appropriées, comme parler à hauteur des yeux des personnes en fauteuil roulant, utiliser un langage clair et spécifique, prêter attention aux réponses, fournir des documents dans des formats accessibles et utiliser des interprètes, des diagrammes et des démonstrations si nécessaire.
Nous avons besoin de plus de logements accessibles
Il y a une grave pénurie de logements accessibles et abordables. L’abordabilité est une question clé, car de nombreuses personnes handicapées ont un besoin impérieux de logement et vivent dans la pauvreté. Une enquête canadienne réalisée en 2001 a révélé que 18 % des personnes ayant une mobilité ou une agilité réduite avaient un besoin impérieux de logement, soit deux fois plus que les personnes non handicapées (9 %). Les personnes qui ont droit à des prestations sociales ont souvent du mal à les obtenir. Même dans ce cas, les taux sont extrêmement bas et laissent les gens avec peu de moyens pour vivre après avoir payé le loyer.
Dans certaines provinces et certains territoires, des lois obligent les entreprises à améliorer l’accessibilité. L’Ontario a été la première à adopter de telles lois et vise à être accessible d’ici 2025. Ces lois s’appliquent aux entreprises comptant plus de quelques employés, aux établissements d’enseignement et aux promoteurs d' »espaces bâtis » tels que les parcs, les bâtiments gouvernementaux et autres espaces publics. Si les propriétaires sont tenus de prendre des mesures d’adaptation, ce n’est pas toujours le cas. Les locataires concernés doivent déposer des plaintes pour violation du code des droits de l’homme, ce qui peut être compliqué et prendre du temps.
Obtenir des aménagements n’est pas toujours un processus simple dans les logements sociaux. Une participante au projet artistique Women’s Stories : Aging, Disability, and Homelessness a décrit la difficulté de demander des changements dans son logement :
“Je dis juste que dans mon immeuble, il n’y a pas de responsabilité pour que les choses soient faites… Ils font en sorte que c’est un labyrinthe que vous êtes censé remonter la chaîne de commandement, non ? J’ai besoin de barres d’appui pour pouvoir prendre un bain. Donc, vous mettez votre ordre de travail et vous attendez, une semaine passe et vous n’entendez rien, puis vous êtes censé appeler et parler à un agent de logement supervisé. Maintenant, la plupart de ces immeubles subventionnés ont des agents de logement supervisés. On ne sait toujours pas ce que ça signifie vraiment. Donc, vous êtes censé aller voir l’agent et lui dire : « J’ai envoyé un ordre de travail il y a deux semaines à ce sujet et je n’ai pas eu de nouvelles ». Et elle est censée aller voir son manager, son superviseur et ce superviseur est censé aller voir le superviseur de la maintenance et ça descend. Donc, ça monte, ça monte, ça monte et ça descend.”
Pour répondre aux besoins des personnes à mobilité réduite, il faut adopter une approche holistique et flexible. Pour que cela fonctionne, nous avons besoin de plus de logements qui soient à la fois abordables et modifiables en fonction des besoins individuels ou familiaux.
